Vendredi 29 mai 2009 5 29 /05 /Mai /2009 15:16

La solidarité:
vue par :

Aristote... entre autre ...


La solidarité humaine



"L'homme est un animal civique."
Aristote



L'animal civique



Les philosophes grecs de l'Antiquité, notamment Platon et Aristote, de même que les philosophes médiévaux dans leur ensemble, ont soutenu cette grande idée: l'homme est par nature un animal civique.
Pour eux, l'homme n'est et ne devient vraiment lui-même que dans la Cité, c'est-à-dire dans la société civile et politique. Il est donc fait par et pour la vie sociale.

Comme l'a écrit Aristote, "la Cité est dans le voeu de la nature". On trouve des échos de cette pensée, par exemple,
chez Spinoza ("les hommes ont de l'état civil un appétit naturel"),
chez Leibniz ("la philanthropie est naturelle à l'homme") ou encore
 chez Hegel ("l'homme se trouve chez soi dans la Cité, comme la partie dans le tout"). En ce sens, la communauté est pour les hommes le creuset naturel de leur humanisation.
 On est loin, ici, de la vision d'un état de nature où, selon la formule de Hobbes, "l'homme est un loup pour l'homme": ainsi compris, l'homme est par nature un être isolé, en compétition pour ne pas dire en guerre avec les autres (Hobbes dit que c'est "la guerre de tous contre tous"); et si les hommes acceptent alors la vie en société, c'est par crainte d'autrui et pour réduire la menace qu'il constitue; c'est aussi par pur utilitarisme et pour assurer leur survie.
On peut penser qu'une telle vision est au fondement de l'éthique du "chacun pour soi", de la compétition effrénée et de la loi du plus fort, toutes valeurs dominantes des sociétés étroitement libérales. Le décor est, pour ainsi dire, à l'envers. L'étoffe de l'homme est vue du mauvais côté.


Avec la vision d'un homme par nature animal social, apparaît l'endroit de cette étoffe humaine, où se révèle la véritable essence de l'homme: un être, à sa racine même, relationnel, social et civique.
Les penseurs qui ont développé ce regard sur l'homme nous ramènent ultimement à trois exigences de la vie humaine qui appellent, à leur tour, trois dispositions fondamentales de ce qu'on peut appeler la citoyenneté et qui montrent que la Cité est dans le voeu de la nature.


Premièrement:

la satisfaction des besoins fondamentaux pour la survie demande une aptitude foncière à la coopération entre les hommes. Platon affirmait déjà que la Cité naît des besoins et que la division du travail est nécessaire, si l'on entend les satisfaire. Ainsi, pour lui, la Cité parfaite réalise l'unité d'un corps social où chacun, avec sa fonction propre, est harmonieusement intégré, comme une partie dans un tout. La Cité juste est un modèle de la diversité des capacités et des fonctions organisée en une belle totalité. Aristote rappelle, à son tour, qu'aucun membre de la Cité ne peut se suffire à lui-même et qu'il y a, pour autant, en chacun un besoin naturel des autres, évoquant lui aussi la place des parties dans un tout organique. Selon cette première exigence, la vie en société repose sur un droit naturel.
On retrouve cette pensée, qui a traversé le Moyen-Âge, chez Spinoza, par exemple, qui affirme que l'homme est un animal social, car la réponse à ses besoins requiert secours mutuel, concorde et entraide; Spinoza ajoute que, pour la survie de chacun, il faut s'accorder de façon que les âmes et les corps composent une seule âme et un seul corps.


Deuxièmement:

le développement et le bonheur de chacun requièrent une assistance mutuelle, déterminante et même essentielle.
Platon et Aristote affirmaient déjà qu'aucun individu ne pouvait atteindre au bonheur dans l'isolement, ce qui indique bien que, de ce point de vue également, la société est un état de nature. Leibniz avançait, lui aussi, que l'inclination à s'approcher du bonheur grâce à l'assistance mutuelle était au fondement même des sociétés et que, finalement, les hommes vivent en société essentiellement pour coopérer les uns les autres à leur bonheur. Spinoza écrivait, pour sa part, que ce n'est que dans la Cité que l'homme peut être libre et raisonnable et que c'est avec autrui qu'on peut jouir du souverain bien. Hegel, enfin, montrait que l'homme qui vit dans une Cité qui est une véritable totalité vivante (à la manière de la Cité grecque antique) se retrouve "chez soi", c'est-à-dire se réalise dans sa propre liberté. Ainsi, peut-on affirmer en se référant à la tradition de pensée la plus classique que la société est pour l'homme l'état de nature, non seulement dans l'optique de la satisfaction de ses besoins et de sa survie, mais également dans la perspective de son développement et de son bonheur.


Troisièmement:

 l'inclination profonde de chacun à aller au meilleur et à s'élever au plus haut ne peut se réaliser sans l'existence, au sein d'une société, de la volonté collective de se référer à la raison universelle et de partager ensemble les idées et valeurs qui l'expriment(Leibniz). L'homme en tant qu'animal civique trouve ici sa justification éthique la plus radicale.
 Si Platon a prôné l'idéal d'une Cité gouvernée par un philosophe (c'est-à-dire un ami de la sagesse ou de la raison), c'est précisément parce qu'il croyait que la société qui pouvait permettre à l'homme d'actualiser son inclination vers le meilleur devait être fondée sur l'adhésion aux idées et valeurs universelles, dont au premier titre la justice elle-même.
Les Stoïciens ont aussi appelé les hommes à prendre conscience qu'ils devaient se réaliser comme citoyens du monde, étant tous participants de la raison universelle. Cette pensée trouve des échos, par exemple,
 chez Thomas d'Aquin et ses disciples, dans une profonde réflexion sur le bien commun lié à l'accomplissement des personnes;
chez Spinoza, qui affirme que la Cité maîtresse d'elle-même est gouvernée par la raison universelle, source de la véritable liberté;
chez Hegel, pour qui la volonté générale au sein d'une communauté a pour objet une grande idée universelle, qui ne constitue en rien l'addition des volontés ou intérêts individuels, mais qui permet à chacun de se réaliser en tant qu'être libre.

En somme, ce qui permet à chaque homme de cheminer vers le meilleur et de vivre une vie à la mesure de son humanité, c'est une Cité fondée sur la raison universelle, dans laquelle les citoyens partagent des idées et valeurs, telles la justice, l'assistance mutuelle, la coopération, la fraternité et la liberté qui en découle pour chacun.

La vie communautaire établie sur une telle éthique universelle permet à l'homme de réaliser sa plus grande liberté. C'est pourquoi il est dans l'état de nature de l'homme de vouloir faire exister cette Cité édifiée sur la raison et sur les valeurs qui s'y rattachent.

Comme le disait Aristote, une telle Cité est dans le voeu de la nature; et dans une société ainsi enracinée dans la raison universelle, "l'homme est un dieu pour l'homme", comme l'a dit Spinoza, et non pas un loup sauvage et menaçant, comme l'affirmait Hobbes.

Cette société, comme la Cité de Périclès, est la patrie de l'homme, animal civique.
 
L'individualisme, l'isolement, la compétition sauvage et
"la guerre de tous contre tous" témoignent de
l'exil de l'homme hors de son univers naturel et l'empêchent même de réaliser son

"inclination profonde à aller au meilleur". 

Par pressagrun - Publié dans : La SOLIDARITE: dossier n°6; mai 2009 - Communauté : pressagrun
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