Partager l'article ! Il n'est pas bon que les politiques stigmatisent les chômeurs ...: "Pôle emploi risque de devenir un outil de cette précarité ...
Le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy envisage de soumettre à référendum un nouveau système beaucoup plus contraignant pour les
chômeurs, dans lequel le demandeur d’emploi « sera tenu d’accepter la première offre d’emploi correspondant au métier pour lequel il aura été
formé ». Un pas de plus est fait pour stigmatiser davantage des chômeurs, boucs
émissaires, mais surtout victimes, d’une politique économique qui a fait exploser le nombre de chômeurs en 2011 et qui en 2012 s’annonce pire encore.
La question du chômage est une vraie question qui exige un diagnostic pour cerner ce qui se joue exactement à Pôle emploi, pour que des réponses adéquates
soient proposées.
Gaby Bonnand, qui vient de terminer son mandat d’administrateur de Pôle emploi et de la présidence de l’Unédic, témoigne dans un livre Pôle emploi : de quoi j'me mêle (Editions de l’Atelier) de ce que vivent sur le terrain demandeurs d’emploi, salariés et responsables d’agence de Pôle emploi : d’une réalité très loin de l’appréciation stigmatisante qui est faite à ce jour.
Gaby Bonnand raconte ce qu’il a vu et entendu lorsqu’il est allé à la rencontre des usagers et des professionnels de Pôle emploi dans vingt et une villes de
France. Des personnes, des paroles et des visages. Des vies abîmées par le chômage, des énergies prêtes à se déployer contraintes par une logique absurde faite de rendements et d’indicateurs
chiffrés.
Extraits :
"Pôle emploi : de quoi j'me mêle" :
« A Manosque, département des Alpes-de-Haute-Provence, l’activité saisonnière rend la recherche d’emploi difficile. Il y a peu d’emplois en CDI. « Plus de la moitié des déclarations uniques d’embauche (DUE) sont le fait de l’intérim ». […] Les agents en absence de longue durée ne sont pas remplacés. […] Quand on est qualifié, on ne trouve pas pour autant d’emploi avec un salaire en conséquence, comme me le dit un jeune qui sort d’un entretien. Il est venu voir à quel moment il toucherait son indemnité. A vingt-huit ans, il vient de trouver une nouvelle mission d’intérim. Il a actualisé sa situation et son indemnité n’a pas encore été versée. Il me dit qu’il est à découvert : « J’enchaîne les CDD et l’intérim dans le bâtiment. » Pourtant, il a un BEP d’électriciens Bâtiment ainsi qu’un BEP et un BP de maçonnerie. Il a refusé un CDI :
« Les patrons ne paient pas. Ils me proposent un CDI à neuf euros de l’heure. Je préfère l’intérim ça ne paie pas bien plus, mais quand c’est fini, je pars ». Un peu dépité, presque blasé, il lâche :
« On trime, comme tout le monde ». (Extrait p. 90).
A Caen, Normandie :
« Ce qui deviendra la crise financière, bancaire, économique, sociale, démarre. Les emplois se font rares. Bernadette souhaite faire une formation complémentaire en comptabilité car elle n’a pas fait une heure de formation en vingt-deux ans : « J’étais facturière. C’est impossible de retrouver du travail sans une formation complémentaire en comptabilité.
Dans ce domaine, comme dans d’autres, les métiers ont évolué. Mais on ne lui propose pas de formation. […] (p. 116)
Extrait:
Conclusion « Pôle emploi : de quoi j’me mêle »
« Dans cette modification du marché du travail, nombreux sont les femmes et les hommes qui se trouvent pris dans le tourbillon d’une mobilité qu’ils n’ont pas choisie. Mis sous pression par des offres d’emploi de courte durée venant des entreprises, Pôle emploi risque de devenir un outil de cette précarité grandissante si le placement à tout prix est recherché. […]
La stigmatisation des chômeurs, présentés couramment comme des fraudeurs, des assistés, n’est pas digne de responsables politiques. Même si je n’ignore pas les difficultés réelles pour changer les choses, pour transformer les réalités, la recherche permanente de boucs émissaires, […] ne peut servir de politique. Céder à la pression de l’immédiat est contraire à la cohérence dans la durée, laquelle devrait être le socle de toute politique ». (Extraits p. 137-138).
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