18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 18:31
 
 
 
 

« La République contre

son école »

 

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"Le délégué", publication des

         Délégués départementaux de l'Education Nationale (DDEN), propose un entretien avec Eddy Khaldi. En voici la reproduction intégrale

 

Ne pas confondre Public et privé

1. Ton action militante, tes dossiers, tes articles et tes livres précédents témoignent de ton

 engagement laïque. D'où vient celui-ci ? Peux-tu définir les principes de ce qui, chez toi -

pour reprendre une formule de Ferdinand Buisson - apparaît comme une " foi laïque "?

 

Eddy KHALDI : Mon cheminement a peu d’importance, il s’inscrit dans une démarche collective,

associative, syndicale, politique héritière des idéaux des bâtisseurs de la République et de

son école laïque. Dès le plus jeune âge, diverses empreintes laissées par l’éducation ont

 forgé mon identité et ont contribué à mon intégration sociale. Cette intégration par

 l’éducation visait à préserver la liberté absolue de conscience :

 « L’enseignement de la jeunesse a, dans la société, une telle importance, la première

empreinte laissée dans les esprits subsiste avec une telle force dans le reste de

 l’existence, que le jour où l’Etat devait assumer la charge de l’enseignement public,

 il ne pouvait le donner que impartial et indépendant de toute doctrine religieuse.

 Cette indépendance et cette impartialité devaient avoir pour corollaire obligatoire

le respect des croyances et des libertés de conscience.». [1] Je revendique cette impartialité

 et j’essaie de rendre aujourd’hui ce que l’école publique m’a apporté hier depuis la

 maternelle : l’accès à l’égalité des droits pour construire mon identité sociale par delà les

         immigrations de ma famille, la construction de ma citoyenneté par la laïcité, en

 particulier, dans l’éducation populaire au Patronage laïque de Montluçon crée en 1913 et

dans diverses associations de jeunesse.

2. Pour toi, à juste raison, l'Ecole laïque, dans son projet collectif intimement lié à

la République, est inséparable de la démocratisation de l'enseignement. Pourquoi ? Comment ?

Eddy KHALDI : L’école obligatoire, gratuite et laïque, ambition collective, s’est construite

dans notre pays non seulement comme un lieu d’enseignement et de démocratisation,

mais aussi comme un élément de régulation sociale qui fondait l’idéal républicain.

Dès 1830, alors que certains, au nom d’un principe dit « commercial », assignent à

l’école communale la mission de former exclusivement un travailleur pour les besoins

 immédiats et de proximité de l’entreprise, d’autres visent, à former un futur citoyen

 intégré dans la vie économique et sociale au nom d’un principe dit « patriotique ».

 S’opposent ainsi deux conceptions pour les uns, c’est la démocratisation par

 l’égalité en éducation qui doit « être universelle, c’est-à-dire s’étendre à tous les citoyens ».

         Pour les autres c’est l’individualisation du rapport à l’école au nom de la liberté de

 choix celle de l’entreprise appliquée à l’enseignement pour former une élite. Il y a donc

 ceux qui défendent l’instruction pour quelques uns : « Folie bien plus funeste encore,

 celle qui consisterait à rendre ce même enseignement obligatoire. … car l’enfant qui a

suivi l’école trop souvent ne veut plus tenir la charrue. » [2] contre ceux qui érigent

         l’égalité en principe : « l'égalité d'éducation n'est pas une utopie ;

que c'est un principe » [3]…« L'égalité, messieurs, c'est la loi même du progrès humain!

C’est plus qu'une théorie : c'est un fait social, c'est l'essence même et la légitimité

de la société à laquelle nous appartenons….

 Avec l'inégalité d'éducation, je vous défie d’avoir jamais l'égalité des droits,

non l'égalité théorique, mais l'égalité réelle, et l'égalité des droits est pourtant        

le fond même et l'essence de la démocratie. ».

L’enjeu républicain de l’Ecole c’est d’abord la République : « L'école laïque est la pierre

         d'assise des institutions républicaines. Il n'est donc pas étonnant que pour atteindre

la République ses adversaires aient pour première pensée de ruiner l'école... » [4].

 L’enjeu républicain n’a pas disparu pour autant lorsqu’en 2004 Nicolas Sarkozy,

dans son livre « La République, les religions, l’espérance » coécrit avec Thibault Colin

 et Philippe Verdin affirme : « On ne peut pas éduquer les jeunes en s’appuyant

exclusivement sur des valeurs temporelles, matérielles, voire même républicaines […].

 La dimension morale est plus solide, plus enracinée, lorsqu’elle procède d’une

 démarche spirituelle, religieuse, plutôt que lorsqu’elle cherche sa source dans le débat

politique ou dans le modèle républicain. […]

La morale républicaine ne peut répondre à toutes les questions ni satisfaire toutes les aspirations. »

L’Université et la République ont les mêmes adversaires. En essayant de rompre le lien

consubstantiel fort entre l’Ecole et la République, ne cherche-t-on pas à remarier l’Eglise

 et l’Ecole pour créer une brèche dans la séparation des Eglises et de l’Etat.

Pour parvenir à cet objectif, certains cherchent à discréditer l’école pour invalider ses

 principes fondateurs. Une attaque incessante des adversaires de l’Ecole publique

         condamnée par un catastrophisme conservateur perdure depuis plus d’un siècle :

 « L’épreuve est faite que l’école laïque, telle qu’elle est comprise et pratiquée, est la

cause principale des maux dont souffre notre pays. »[5]Cent ans après le discours se radicalise :        

« Nous allons vers un génocide intellectuel »... « Nous parlons de débâcle de l’école

publique car celle-ci se trouve, aujourd’hui, dans une situation d’étonnante analogie avec

 l’armée française en 1940 »[6].

Chargés de la défendre, les ministres de tutelle, en première ligne, chantaient les louanges

de l’enseignement catholique : « … l'enseignement privé a fait la preuve de sa capacité

à accueillir des publics très divers, y compris des élèves en difficulté, et à leur proposer une

pédagogie et un encadrement leur permettant de renouer avec la réussite scolaire, » ….

« Depuis des années, vous vous êtes engagés dans ces deux voies de manière plus forte

 que l'enseignement public. »[7]

L’Ecole publique est davantage malade de l’état de la société que cette dernière n’est

malade de son Ecole. L’Ecole n’est pas davantage responsable du chômage, que des inégalités

sociales, ou des difficultés économiques du pays.

La prétendue crise de l’Ecole n’est pas son échec généralisé. Elle sert surtout d’alibi à une

  mutation du système éducatif par la concurrence et donc par le marché, dans une

         option néolibérale confondue avec la rénovation du système éducatif. A la clef, un

 transfert vers l’enseignement privé, présenté comme parangon de vertu : plus performant,

moins couteux, plus sécurisé….

3. Dans l'époque de confusion où nous sommes, déjà ton livre précédent*, révélait combien,

         depuis plusieurs décennies, une offensive libérale soutenue par une Ecole catholique

qui adhère à ce dessein, démantèle l'Ecole d'une République démocratique.

Peux-tu nous indiquer comment se sont opérés ce dénigrement et cette dénaturation du

Service public d'enseignement, ainsi que le fallacieux alignement du public sur le privé ?

Eddy KHALDI : Cette offensive libérale prend argument des dysfonctionnements réels ou

supposés de l’école publique et alimente le discours de dénigrement des partisans de la

 privatisation. Il n’est pas question d’occulter ni de réduire les difficultés bien réelles qui

traversent l’Ecole ou l’Université. Mais, certains rapports instrumentalisent ces dysfonctionnements

 avec le dessein non dissimulé de la privatisation de l’education nationale. L’OCDE conforte cette

         logique : « La structure actuelle du système éducatif considérée comme archaïque, est

appelée à disparaître au profit de structures plus souples, largement soumises aux lois du

marché aussi bien dans leurs débouchés que par leur fonctionnement interne.

 L’institution scolaire proprement dite n’aura plus qu’à assurer la socialisation des jeunes et

à leur inculquer, non plus essentiellement des savoirs, mais des compétences devant garantir

         leur employabilité et leur adaptabilité ».

 

« L’Etat enseignant » et les finalités constitutives de l’institution seraient cause de ses difficultés,

 alors, on « désinstitutionnalise », et ses ministres ne cessent de lui porter l’estocade :

« On me dit que ça va tellement mal dans l’enseignement public que les français seraient

une majorité à mettre leurs enfants dans le privé. Je réponds que l’enseignement privé sous

 contrat fait partie du service public… » [8].

 Le ministre de l’Education n’est-il pas le premier responsable de cette présupposée débâcle ?

         Ce constat iconoclaste, hors de toute mesure, interroge : mensonge et cynisme incroyable ?

En qualifiant le dualisme scolaire de dépassé, ses instigateurs entretiennent le double

amalgame public et privé, laïque et confessionnel. Cette confusion permet, en occultant

 les missions assignées à l’école de la République, de promouvoir les mérites présupposés

des établissements privés pour invalider les principes fondateurs de l’école de toutes et tous.

Cette prétention illégitime de l'enseignement catholique, à « faire partie du service public »,

au nom de « sa liberté » d’entreprise, conduit l’État, d’étapes en étapes, à accepter

de sacrifier son École publique laïque, dont il a constitutionnellement la charge pour alimenter

une stratégie libérale au long cours.

Prétendre « faire partie du service public », sans la laïcité, procède en effet, à tout le moins,

d’une vision cléricale qui méprise la liberté de conscience de citoyens en devenir

autant que la neutralité de l’État, et préfigure une logique d’organisation de l’école publique et

de la société, sur le mode communautariste. Les attaques contre la laïcité visent à la

        destruction méthodique de tous les services publics, de leurs valeurs et de leurs principes

 fondés sur l’égalité des citoyens et non sur celle des « communautés ».

 

Quand l’Etat érige en principe et finance directement sa propre concurrence, il privatise de

 fait le service public d’éducation au profit d'une religion. Quand l’Etat veut gérer l’école

 publique sur le modèle entrepreneurial et contractuel des établissements scolaires privés cela

revient à privatiser le service public.

 

Les récentes réformes n’ont fait qu’accélérer une tendance longue qui vise à transformer

profondément le fonctionnement de l’école, ses modes de régulation et ses objectifs. L’actuel

 secrétaire d’Etat chargé du logement Benoist Apparu avait vendu la mèche lors d’un « chat »

sur le site du Monde, le 20 mai 2009. Il s’était alors dit « convaincu que la suppression de postes        

obligerait l’institution à s’interroger sur elle-même et à se réformer ». « Seule la baisse des

 moyens obligera l’institution à bouger », avait-il ajouté.

Dépolitisée, la question du dualisme scolaire déserte le débat démocratique, aveugle la

réflexion sur l’intérêt général et provoque la double brèche du consumérisme scolaire.

La loi Debré n’est pas une loi parmi d’autres, elle permet selon René Rémond, de « réunir

ce que la loi de 1905 a séparé ».

 

4. Ne s'est-il pas agi de " casser cette République sociale que voulait le Conseil National de la Résistance " ?

Le MEDEF intitule significativement son programme : " Adieu 1945 ", pour ajouter        

cyniquement : " raccrochons notre pays au monde ", sous-entendant que la société

 mondialisée d'aujourd'hui (dans ma jeunesse, à l'école, on l'aurait appelée - exception

 de quelques dictatures - capitaliste !) est le seul avenir possible.

Eddy KHALDI : En 1970, avec l’aggravation de la loi Debré, par la loi Pompidou, son rapporteur

 Olivier Giscard d’Estaing dans : « Education et civilisation, pour une révolution libérale de

l’enseignement » suggère que « Le premier changement vise à remettre en cause le rôle de

l’État et son monopole de fait. Il faut réaffirmer l’importance de la famille, des religions,

des régions, des professions, et leur donner la possibilité d’accompagner pas à pas, au niveau

 de l’établissement, tout le déroulement de l’éducation et de l’enseignement. »

 Les plus intégristes soutenaient la démarche dans les années 1980, Philippe de Villiers

 dévoilait une stratégie visant à réussir le « contournement habile et efficace de la citadelle »

 du système éducatif français en instituant, d’une part, « la liberté de créer ou de financer

des écoles » et, d’autre part, la « liberté de choisir son école ». Denis Kessler [9] en 2007,

        explique que le programme "ambitieux" de réformes tous azimuts lancés par le

 gouvernement de Sarkozy « possède une profonde unité » quand bien même

« les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent

donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale,

et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite,

refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... » Et l’éducation nationale.

IL S'AGIT NI PLUS NI MOINS DE : « sortir aujourd'hui de 1945, et de défaire méthodiquement

 le programme du Conseil national de la Résistance ! »

En 2012, il y a plus que des glissements sémantiques entre « liberté » et « autonomie »,

plus que des coïncidences entre libéraux et enseignement catholique. Ainsi, Fondapol présidée

 par Nicolas Bazire nous propose : « L’école de la liberté : initiative, autonomie et

responsabilité », et l’OCDE s’interroge : « l’autonomie des établissements favorise-telle la

performance des élèves ? ». Comme un hasard, cette contagion touche aussi

         l’enseignement catholique qui publie, dans le même temps : « l’établissement privé

 sous contrat d’association : l’autonomie au service de l’intérêt général. » Il suggère que ce

 modèle est expérimenté pour d’autres dont le ministre Chatel se dit « très intéressé

par les spécificités de l’enseignement privé ». La collusion est dénoncée à l’intérieur

même de l’enseignement catholique. Ainsi, la Fep-CFDT juge pernicieuse « l’autonomie

des établissements » derrière laquelle « se dessine un modèle libéral ». Son concurrent

syndical, le Snec-CFTC révèle lui une : « conjonction permanente entre les discours de

 l’enseignement catholique et l’UMP ». Cette complicité n’est pas nouvelle, au lendemain

du discours du Latran en 2007, son secrétaire général déclarait que « la laïcité positive

n’ (était) pas étrangère à l’enseignement catholique ». Au fil du temps, il a accédé à un

statut inédit, promu à la façon d’un substitut de service au public dorénavant rouvert à l’Église.

 

5. Trop longtemps, sur cette question de l'Ecole républicaine, la gauche fut " la grande muette ".

Comment vois-tu le pacte social de la liberté de conscience ainsi que le combat pour une        

Ecole pour tous que, désormais, doivent penser et mener les forces de progrès ?

Eddy KHALDI : Tu as raison où est alors la liberté de conscience quand l’école confessionnelle

enrôle et souvent par défaut. En effet, il y a comme une imposture à vouloir recruter

massivement et bien au-delà d’une demande liée à la foi. Ainsi l’enseignement catholique

         commet une sorte de péché « lucratif », en forme de publicité mensongère peu compatible

avec une mission qui prétend s’inspirer des Évangiles.

Le paradoxe de la situation actuelle est celui d’une France largement sécularisée, et dans

 le même temps, une vie politique et sociale où les religions participent à la marchandisation

 de l’éducation. Claude Dagens, évêque et académicien, conscient de cette dérive reconnaît

 l’enseignement catholique comme cheval de Troie du libéralisme quand il écrit :

« L’Église occupe ce terrain (…) au risque de se laisser instrumentaliser au service d’une

logique de privatisation en mettant à la disposition des privilégiés des systèmes privés

 de soin, d’éducation, etc., dont l’inspiration catholique n’est plus qu’une source

 d’inspiration lointaine …». Mais, cette instrumentalisation est revendiquée Depuis le

Vatican par le cardinal Bruguès pour qui l’école doit rester le support d’une reconquête cléricale.

 Il indique que cette école est « le seul lieu de contact avec le christianisme ». Conclusion,

 « elle est un point crucial pour notre mission[i] ».

Sur le terrain, l’évêque de Toulon revendique : « L’école-communauté, catholique, pour

retrouver son projet spécifique et son identité afin de relever le défi à la fois anthropologique

 et missionnaire. » …

La mise en œuvre de cette stratégie se développe, aujourd’hui, par des transgressions

 incessantes, souvent passées inaperçues, inimaginables pour une République laïque.

Cet espace ne suffirait pas pour dresser le recensement détaillé de ces entorses institutionnelles.

On le voit, de nouveaux champs de bataille, plus sournois, s’ouvrent en permanence.

Une guerre scolaire froide, sans cesse réactivée par les partisans de l’enseignement

catholique, se déroule sous nos yeux. Hélas, l’époque est à une omerta politique.

 Un silence religieux s’est en effet installé, organisé à droite afin de mieux masquer

 le démantèlement de l’Éducation nationale et aidé inconsciemment par une atonie

         faisant figure de complaisance. Qu’il soit de connivence ou d’accommodement passif,

ce silence conforte une collusion d’intérêts entre libéraux et cléricaux pour séparer l’École de l’État.

 

L’offre d’éducation de l’enseignement catholique investit désormais, avec les moyens de

 la puissance publique, de nouvelles cibles, des crèches aux facultés. Aujourd’hui, les tenants

         d’un enseignement privé veulent mettre en œuvre disent-ils « Un contrat global

et unique entre le ministère et le Secrétariat général de l’enseignement catholique pour        

toutes les écoles » … avec un objectif libéral affiché : « Cela maintiendrait un fort clivage        

entre enseignement public et privé et les mettrait franchement en concurrence. ».

Le secrétaire général de l’enseignement catholique, souhaite privatiser le service public

 et lui imposer son mode de gestion et de recrutement voire ses programmes et veut

« Étendre la contractualisation avec l’État aux établissements publics … ».

 Il estime ainsi que la loi Carle instituant un chèque éducation n’est qu’

 « un bon compromis à un instant T ».

Hier, considérée comme ringarde, la laïcité fait, aujourd’hui, florès et s’inscrit dans un

 unanimisme trompeur.

Pierre angulaire du modèle républicain, cette laïcité n’est-elle pas qualifiée de « positive »

par ceux qui, hier encore, combattaient cette "vieille lune pour esprits attardés" ?

N’est-ce pas là le triomphe de l’équivoque ?

Cette entreprise de récupération du mot laïcité participe d’une volonté de dénaturation

du concept dans des traductions très diverses et parfois antinomiques. D'une part, l’extrême

droite et une partie de la droite, dans une attitude de façade, concentrent leurs feux sur l’islam,

en convoquant la laïcité avec toutes les arrière-pensées que l’on sait. D'autre part, dans

 le domaine institutionnel, l’offensive menée par l’Eglise catholique sur l’Ecole, avec l’appui d’élus,

de toutes tendances n'est plus à souligner.

Certes, on ne saurait réduire la question de la laïcité à celle de l’école. Pour autant, l’en exclure,

 maintenant, est un piège.

Pire, un reniement au regard de nos principes républicains.

Cette loi de 1959 en conférant à des établissements privés confessionnels à « caractère propre »

 le statut d’établissements publics a institué, dans l’éducation exclusivement, ce double

         amalgame : public et privé ; laïque et confessionnel.

Loin de s’éteindre, la guerre scolaire s’aggrave encore. Des projets nourris par L’Eglise

annoncent même, la généralisation de la politique libérale au moyen du chèque éducation.

En 1984, l’abandon du projet Savary a stimulé d’âpres convoitises augurant d’un conflit

perpétuellement entretenu.

Depuis, l’Eglise catholique voit là, en effet, un renforcement de la brèche ouverte par

la loi Debré. Dès 1987, l’épiscopat s’y engouffre pour déclarer que l’heure lui semblait

 venue « de travailler avec d’autres à redéfinir le cadre institutionnel de la laïcité », appel du

 pied à un remariage entre l’Etat et l’Eglise pour conquérir de nouveaux privilèges.

Ces derniers jours, encore, le Cardinal français Jean Louis Bruguès responsable de la

Congrégation pour l'éducation du Vatican, conteste le: « principe constitutif de la mission

éducative universelle » de la laïcité française. En ligne de mire, derrière la question scolaire,

il revendique la reconnaissance institutionnelle de l’Eglise et estime que la séparation avec

 l’Etat est « agressive ».

Consentir à des assouplissements à géométrie variable, selon les collectivités territoriales, selon

 les religions, aggrave la mise en cause non seulement de la lettre mais aussi de l’esprit de la

 loi fondatrice de séparation des Eglises et de l’Etat. D’une part, la laïcité doit être appliquée

aujourd’hui pour ce qu’elle est, un principe global, juridique et politique, incluant la

question scolaire. Ainsi, les partis ou organisations de droite et d’extrême droite ne pourraient

 plus travestir la laïcité et l’instrumentaliser pour séparer voire pour exclure. D’autre part, l’école

est, depuis trente ans, le champ de bataille sournois de cette guerre silencieuse, sans

réelle opposition politique. Guerre menée par alliance des cléricaux et des libéraux.

Ainsi, alors que l’Education nationale subissait une rigueur budgétaire inégalée,

les établissements privés ont concentrés de plus en plus de faveurs gouvernementales.

En restant, aujourd’hui, muette sur le dualisme scolaire, institué au nom d’intérêts

particuliers par la loi Debré, en finançant la liberté d’entreprise de l’enseignement

 privé, la gauche accédant au pouvoir ne doit pas oublier que la République n’a d’obligation

 que vis-à-vis du service public laïque qui, seul, concrétise l’égalité en éducation au nom

de l’intérêt général. La laïcité peut, seule, rassembler pour réaffirmer la République autour

de ses principes de liberté, d’égalité et de fraternité.

 

L’instituteur et l’institutrice sont supérieurs au curé et au pasteur, non pas en tant que femme

ou en tant qu’homme, mais par leur mission parce qu’ils accueillent dans la même communion

civile tous les jeunes, quelle que soit leur origine sociale, quelle que soit la religion ou non de leurs

parents.

Supérieurs parce qu’ils assurent et garantissent la liberté de conscience des futurs citoyens et

 ne se servent pas du label de « liberté » pour inculquer dans l’éducation la religion ou l’idéologie

 d’un groupe particulier pour créer une fracture dans

 l’unité nationale.

Supérieurs parce qu’ils revendiquent l’égalité de toutes et de tous au nom de la laïcité.

Supérieurs, car, seul, le vivre ensemble dans l’Ecole de toutes et tous incarne la fraternité.

 

 



[1] Dans ses conclusions sur l’arrêt Bouteyre (Conseil d’Etat 10 mai 1912), il est reconnu au

 ministre le pouvoir de refuser aux prêtres la possibilité de passer le concours d'agrégation en

 philosophie le commissaire du gouvernement Helbronner

[2] Discours de Thiers à la commission Falloux le 10 janvier 1849

[3] Jules Ferry Conférence populaire du 10 avril 1870

[4]Gambetta

[5] Où mène l’école sans Dieu : Alfred Baudrillard, Institut Catholique de Paris, 1925 (première

édition 1909) :

Chap.1 : la marche ascendante de la criminalité juvénile ; Chap.2 : décadence de l’enseignement

 public ; Chap.3 : les instituteurs sans foi, sans famille et sans patrie ; Chap.4 : la faillite de la morale. 

[6] KTO 14 février 2008 en présence du SGEC et 3 évêques « Transmission des savoirs dans l’école

 catholique » 

[7]Luc Châtel : Réforme du lycée 1ère visite du nouveau ministre « très intéressé » par les

« spécificités » de l'enseignement privé (Dépêche de presse AEF du 18 novembre 2010).

 

 

[8]Le Parisien, édition Val de Marne, 23 septembre 2011 : « Visite consensuelle de Luc Chatel au

 lycée privé »

[9] Magazine économique Challenges du 4 octobre 2007. Ancien vice-président du MEDEF.

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