Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
www.presssagrun.com

L'Ecole en danger ?...

18 Juin 2012, 18:31pm

Publié par presssagrun

 
 
 
 

« La République contre

son école »

 

GetInline.aspx?messageid=fc7cc72c-b941-1

 

 

"Le délégué", publication des

         Délégués départementaux de l'Education Nationale (DDEN), propose un entretien avec Eddy Khaldi. En voici la reproduction intégrale

 

Ne pas confondre Public et privé

1. Ton action militante, tes dossiers, tes articles et tes livres précédents témoignent de ton

 engagement laĂŻque. D'oĂč vient celui-ci ? Peux-tu dĂ©finir les principes de ce qui, chez toi -

pour reprendre une formule de Ferdinand Buisson - apparaĂźt comme une " foi laĂŻque "?

 

Eddy KHALDI : Mon cheminement a peu d’importance, il s’inscrit dans une dĂ©marche collective,

associative, syndicale, politique héritiÚre des idéaux des bùtisseurs de la République et de

son Ă©cole laĂŻque. DĂšs le plus jeune Ăąge, diverses empreintes laissĂ©es par l’éducation ont

 forgé mon identité et ont contribué à mon intégration sociale. Cette intégration par

 l’éducation visait Ă  prĂ©server la libertĂ© absolue de conscience :

 « L’enseignement de la jeunesse a, dans la sociĂ©tĂ©, une telle importance, la premiĂšre

empreinte laissée dans les esprits subsiste avec une telle force dans le reste de

 l’existence, que le jour oĂč l’Etat devait assumer la charge de l’enseignement public,

 il ne pouvait le donner que impartial et indépendant de toute doctrine religieuse.

 Cette indépendance et cette impartialité devaient avoir pour corollaire obligatoire

le respect des croyances et des libertés de conscience.». [1] Je revendique cette impartialité

 et j’essaie de rendre aujourd’hui ce que l’école publique m’a apportĂ© hier depuis la

 maternelle : l’accĂšs Ă  l’égalitĂ© des droits pour construire mon identitĂ© sociale par delĂ  les

         immigrations de ma famille, la construction de ma citoyenneté par la laïcité, en

 particulier, dans l’éducation populaire au Patronage laĂŻque de Montluçon crĂ©e en 1913 et

dans diverses associations de jeunesse.

2. Pour toi, à juste raison, l'Ecole laïque, dans son projet collectif intimement lié à

la République, est inséparable de la démocratisation de l'enseignement. Pourquoi ? Comment ?

Eddy KHALDI : L’école obligatoire, gratuite et laĂŻque, ambition collective, s’est construite

dans notre pays non seulement comme un lieu d’enseignement et de dĂ©mocratisation,

mais aussi comme un Ă©lĂ©ment de rĂ©gulation sociale qui fondait l’idĂ©al rĂ©publicain.

DĂšs 1830, alors que certains, au nom d’un principe dit « commercial », assignent Ă 

l’école communale la mission de former exclusivement un travailleur pour les besoins

 immĂ©diats et de proximitĂ© de l’entreprise, d’autres visent, Ă  former un futur citoyen

 intĂ©grĂ© dans la vie Ă©conomique et sociale au nom d’un principe dit « patriotique ».

 S’opposent ainsi deux conceptions pour les uns, c’est la dĂ©mocratisation par

 l’égalitĂ© en Ă©ducation qui doit « ĂȘtre universelle, c’est-Ă -dire s’étendre Ă  tous les citoyens ».

         Pour les autres c’est l’individualisation du rapport Ă  l’école au nom de la libertĂ© de

 choix celle de l’entreprise appliquĂ©e Ă  l’enseignement pour former une Ă©lite. Il y a donc

 ceux qui dĂ©fendent l’instruction pour quelques uns : « Folie bien plus funeste encore,

 celle qui consisterait Ă  rendre ce mĂȘme enseignement obligatoire. 
 car l’enfant qui a

suivi l’école trop souvent ne veut plus tenir la charrue. » [2] contre ceux qui Ă©rigent

         l’égalitĂ© en principe : « l'Ă©galitĂ© d'Ă©ducation n'est pas une utopie ;

que c'est un principe » [3] « L'Ă©galitĂ©, messieurs, c'est la loi mĂȘme du progrĂšs humain!

C’est plus qu'une thĂ©orie : c'est un fait social, c'est l'essence mĂȘme et la lĂ©gitimitĂ©

de la société à laquelle nous appartenons
.

 Avec l'inĂ©galitĂ© d'Ă©ducation, je vous dĂ©fie d’avoir jamais l'Ă©galitĂ© des droits,

non l'égalité théorique, mais l'égalité réelle, et l'égalité des droits est pourtant        

le fond mĂȘme et l'essence de la dĂ©mocratie. ».

L’enjeu rĂ©publicain de l’Ecole c’est d’abord la RĂ©publique : « L'Ă©cole laĂŻque est la pierre

         d'assise des institutions républicaines. Il n'est donc pas étonnant que pour atteindre

la République ses adversaires aient pour premiÚre pensée de ruiner l'école... » [4].

 L’enjeu rĂ©publicain n’a pas disparu pour autant lorsqu’en 2004 Nicolas Sarkozy,

dans son livre « La RĂ©publique, les religions, l’espĂ©rance » coĂ©crit avec Thibault Colin

 et Philippe Verdin affirme : « On ne peut pas Ă©duquer les jeunes en s’appuyant

exclusivement sur des valeurs temporelles, matĂ©rielles, voire mĂȘme rĂ©publicaines [
].

 La dimension morale est plus solide, plus enracinĂ©e, lorsqu’elle procĂšde d’une

 dĂ©marche spirituelle, religieuse, plutĂŽt que lorsqu’elle cherche sa source dans le dĂ©bat

politique ou dans le modÚle républicain. [
]

La morale républicaine ne peut répondre à toutes les questions ni satisfaire toutes les aspirations. »

L’UniversitĂ© et la RĂ©publique ont les mĂȘmes adversaires. En essayant de rompre le lien

consubstantiel fort entre l’Ecole et la RĂ©publique, ne cherche-t-on pas Ă  remarier l’Eglise

 et l’Ecole pour crĂ©er une brĂšche dans la sĂ©paration des Eglises et de l’Etat.

Pour parvenir Ă  cet objectif, certains cherchent Ă  discrĂ©diter l’école pour invalider ses

 principes fondateurs. Une attaque incessante des adversaires de l’Ecole publique

         condamnĂ©e par un catastrophisme conservateur perdure depuis plus d’un siĂšcle :

 « L’épreuve est faite que l’école laĂŻque, telle qu’elle est comprise et pratiquĂ©e, est la

cause principale des maux dont souffre notre pays. »[5]Cent ans aprÚs le discours se radicalise :        

« Nous allons vers un gĂ©nocide intellectuel »... « Nous parlons de dĂ©bĂącle de l’école

publique car celle-ci se trouve, aujourd’hui, dans une situation d’étonnante analogie avec

 l’armĂ©e française en 1940 »[6].

Chargés de la défendre, les ministres de tutelle, en premiÚre ligne, chantaient les louanges

de l’enseignement catholique : « 
 l'enseignement privĂ© a fait la preuve de sa capacitĂ©

à accueillir des publics trÚs divers, y compris des élÚves en difficulté, et à leur proposer une

pĂ©dagogie et un encadrement leur permettant de renouer avec la rĂ©ussite scolaire, » 
.

« Depuis des annĂ©es, vous vous ĂȘtes engagĂ©s dans ces deux voies de maniĂšre plus forte

 que l'enseignement public. »[7]

L’Ecole publique est davantage malade de l’état de la sociĂ©tĂ© que cette derniĂšre n’est

malade de son Ecole. L’Ecole n’est pas davantage responsable du chĂŽmage, que des inĂ©galitĂ©s

sociales, ou des difficultés économiques du pays.

La prĂ©tendue crise de l’Ecole n’est pas son Ă©chec gĂ©nĂ©ralisĂ©. Elle sert surtout d’alibi Ă  une

  mutation du systÚme éducatif par la concurrence et donc par le marché, dans une

         option néolibérale confondue avec la rénovation du systÚme éducatif. A la clef, un

 transfert vers l’enseignement privĂ©, prĂ©sentĂ© comme parangon de vertu : plus performant,

moins couteux, plus sĂ©curisé .

3. Dans l'Ă©poque de confusion oĂč nous sommes, dĂ©jĂ  ton livre prĂ©cĂ©dent*, rĂ©vĂ©lait combien,

         depuis plusieurs décennies, une offensive libérale soutenue par une Ecole catholique

qui adhÚre à ce dessein, démantÚle l'Ecole d'une République démocratique.

Peux-tu nous indiquer comment se sont opérés ce dénigrement et cette dénaturation du

Service public d'enseignement, ainsi que le fallacieux alignement du public sur le privé ?

Eddy KHALDI : Cette offensive libérale prend argument des dysfonctionnements réels ou

supposĂ©s de l’école publique et alimente le discours de dĂ©nigrement des partisans de la

 privatisation. Il n’est pas question d’occulter ni de rĂ©duire les difficultĂ©s bien rĂ©elles qui

traversent l’Ecole ou l’UniversitĂ©. Mais, certains rapports instrumentalisent ces dysfonctionnements

 avec le dessein non dissimulĂ© de la privatisation de l’education nationale. L’OCDE conforte cette

         logique : « La structure actuelle du systÚme éducatif considérée comme archaïque, est

appelée à disparaßtre au profit de structures plus souples, largement soumises aux lois du

marché aussi bien dans leurs débouchés que par leur fonctionnement interne.

 L’institution scolaire proprement dite n’aura plus qu’à assurer la socialisation des jeunes et

à leur inculquer, non plus essentiellement des savoirs, mais des compétences devant garantir

         leur employabilité et leur adaptabilité ».

 

« L’Etat enseignant » et les finalitĂ©s constitutives de l’institution seraient cause de ses difficultĂ©s,

 alors, on « dĂ©sinstitutionnalise », et ses ministres ne cessent de lui porter l’estocade :

« On me dit que ça va tellement mal dans l’enseignement public que les français seraient

une majoritĂ© Ă  mettre leurs enfants dans le privĂ©. Je rĂ©ponds que l’enseignement privĂ© sous

 contrat fait partie du service public
 » [8].

 Le ministre de l’Education n’est-il pas le premier responsable de cette prĂ©supposĂ©e dĂ©bĂącle ?

         Ce constat iconoclaste, hors de toute mesure, interroge : mensonge et cynisme incroyable ?

En qualifiant le dualisme scolaire de dépassé, ses instigateurs entretiennent le double

amalgame public et privé, laïque et confessionnel. Cette confusion permet, en occultant

 les missions assignĂ©es Ă  l’école de la RĂ©publique, de promouvoir les mĂ©rites prĂ©supposĂ©s

des Ă©tablissements privĂ©s pour invalider les principes fondateurs de l’école de toutes et tous.

Cette prétention illégitime de l'enseignement catholique, à « faire partie du service public »,

au nom de « sa libertĂ© » d’entreprise, conduit l’État, d’étapes en Ă©tapes, Ă  accepter

de sacrifier son École publique laïque, dont il a constitutionnellement la charge pour alimenter

une stratégie libérale au long cours.

Prétendre « faire partie du service public », sans la laïcité, procÚde en effet, à tout le moins,

d’une vision clĂ©ricale qui mĂ©prise la libertĂ© de conscience de citoyens en devenir

autant que la neutralitĂ© de l’État, et prĂ©figure une logique d’organisation de l’école publique et

de la société, sur le mode communautariste. Les attaques contre la laïcité visent à la

        destruction méthodique de tous les services publics, de leurs valeurs et de leurs principes

 fondĂ©s sur l’égalitĂ© des citoyens et non sur celle des « communautĂ©s ».

 

Quand l’Etat Ă©rige en principe et finance directement sa propre concurrence, il privatise de

 fait le service public d’éducation au profit d'une religion. Quand l’Etat veut gĂ©rer l’école

 publique sur le modÚle entrepreneurial et contractuel des établissements scolaires privés cela

revient Ă  privatiser le service public.

 

Les rĂ©centes rĂ©formes n’ont fait qu’accĂ©lĂ©rer une tendance longue qui vise Ă  transformer

profondĂ©ment le fonctionnement de l’école, ses modes de rĂ©gulation et ses objectifs. L’actuel

 secrĂ©taire d’Etat chargĂ© du logement Benoist Apparu avait vendu la mĂšche lors d’un « chat »

sur le site du Monde, le 20 mai 2009. Il s’était alors dit « convaincu que la suppression de postes        

obligerait l’institution Ă  s’interroger sur elle-mĂȘme et Ă  se rĂ©former ». « Seule la baisse des

 moyens obligera l’institution Ă  bouger », avait-il ajoutĂ©.

Dépolitisée, la question du dualisme scolaire déserte le débat démocratique, aveugle la

rĂ©flexion sur l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et provoque la double brĂšche du consumĂ©risme scolaire.

La loi DebrĂ© n’est pas une loi parmi d’autres, elle permet selon RenĂ© RĂ©mond, de « rĂ©unir

ce que la loi de 1905 a séparé ».

 

4. Ne s'est-il pas agi de " casser cette RĂ©publique sociale que voulait le Conseil National de la RĂ©sistance " ?

Le MEDEF intitule significativement son programme : " Adieu 1945 ", pour ajouter        

cyniquement : " raccrochons notre pays au monde ", sous-entendant que la société

 mondialisée d'aujourd'hui (dans ma jeunesse, à l'école, on l'aurait appelée - exception

 de quelques dictatures - capitaliste !) est le seul avenir possible.

Eddy KHALDI : En 1970, avec l’aggravation de la loi DebrĂ©, par la loi Pompidou, son rapporteur

 Olivier Giscard d’Estaing dans : « Education et civilisation, pour une rĂ©volution libĂ©rale de

l’enseignement » suggĂšre que « Le premier changement vise Ă  remettre en cause le rĂŽle de

l’État et son monopole de fait. Il faut rĂ©affirmer l’importance de la famille, des religions,

des rĂ©gions, des professions, et leur donner la possibilitĂ© d’accompagner pas Ă  pas, au niveau

 de l’établissement, tout le dĂ©roulement de l’éducation et de l’enseignement. »

 Les plus intégristes soutenaient la démarche dans les années 1980, Philippe de Villiers

 dévoilait une stratégie visant à réussir le « contournement habile et efficace de la citadelle »

 du systĂšme Ă©ducatif français en instituant, d’une part, « la libertĂ© de crĂ©er ou de financer

des Ă©coles » et, d’autre part, la « libertĂ© de choisir son Ă©cole ». Denis Kessler [9] en 2007,

        explique que le programme "ambitieux" de réformes tous azimuts lancés par le

 gouvernement de Sarkozy « possĂšde une profonde unitĂ© » quand bien mĂȘme

« les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent

donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale,

et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite,

refonte de la SĂ©curitĂ© sociale, paritarisme... » Et l’éducation nationale.

IL S'AGIT NI PLUS NI MOINS DE : « sortir aujourd'hui de 1945, et de défaire méthodiquement

 le programme du Conseil national de la Résistance ! »

En 2012, il y a plus que des glissements sémantiques entre « liberté » et « autonomie »,

plus que des coïncidences entre libéraux et enseignement catholique. Ainsi, Fondapol présidée

 par Nicolas Bazire nous propose : « L’école de la libertĂ© : initiative, autonomie et

responsabilitĂ© », et l’OCDE s’interroge : « l’autonomie des Ă©tablissements favorise-telle la

performance des élÚves ? ». Comme un hasard, cette contagion touche aussi

         l’enseignement catholique qui publie, dans le mĂȘme temps : « l’établissement privĂ©

 sous contrat d’association : l’autonomie au service de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. » Il suggĂšre que ce

 modĂšle est expĂ©rimentĂ© pour d’autres dont le ministre Chatel se dit « trĂšs intĂ©ressĂ©

par les spĂ©cificitĂ©s de l’enseignement privĂ© ». La collusion est dĂ©noncĂ©e Ă  l’intĂ©rieur

mĂȘme de l’enseignement catholique. Ainsi, la Fep-CFDT juge pernicieuse « l’autonomie

des établissements » derriÚre laquelle « se dessine un modÚle libéral ». Son concurrent

syndical, le Snec-CFTC révÚle lui une : « conjonction permanente entre les discours de

 l’enseignement catholique et l’UMP ». Cette complicitĂ© n’est pas nouvelle, au lendemain

du discours du Latran en 2007, son secrétaire général déclarait que « la laïcité positive

n’ (Ă©tait) pas Ă©trangĂšre Ă  l’enseignement catholique ». Au fil du temps, il a accĂ©dĂ© Ă  un

statut inĂ©dit, promu Ă  la façon d’un substitut de service au public dorĂ©navant rouvert Ă  l’Église.

 

5. Trop longtemps, sur cette question de l'Ecole républicaine, la gauche fut " la grande muette ".

Comment vois-tu le pacte social de la liberté de conscience ainsi que le combat pour une        

Ecole pour tous que, désormais, doivent penser et mener les forces de progrÚs ?

Eddy KHALDI : Tu as raison oĂč est alors la libertĂ© de conscience quand l’école confessionnelle

enrÎle et souvent par défaut. En effet, il y a comme une imposture à vouloir recruter

massivement et bien au-delĂ  d’une demande liĂ©e Ă  la foi. Ainsi l’enseignement catholique

         commet une sorte de péché « lucratif », en forme de publicité mensongÚre peu compatible

avec une mission qui prĂ©tend s’inspirer des Évangiles.

Le paradoxe de la situation actuelle est celui d’une France largement sĂ©cularisĂ©e, et dans

 le mĂȘme temps, une vie politique et sociale oĂč les religions participent Ă  la marchandisation

 de l’éducation. Claude Dagens, Ă©vĂȘque et acadĂ©micien, conscient de cette dĂ©rive reconnaĂźt

 l’enseignement catholique comme cheval de Troie du libĂ©ralisme quand il Ă©crit :

« L’Église occupe ce terrain (
) au risque de se laisser instrumentaliser au service d’une

logique de privatisation en mettant à la disposition des privilégiés des systÚmes privés

 de soin, d’éducation, etc., dont l’inspiration catholique n’est plus qu’une source

 d’inspiration lointaine  ». Mais, cette instrumentalisation est revendiquĂ©e Depuis le

Vatican par le cardinal BruguĂšs pour qui l’école doit rester le support d’une reconquĂȘte clĂ©ricale.

 Il indique que cette école est « le seul lieu de contact avec le christianisme ». Conclusion,

 « elle est un point crucial pour notre mission[i] ».

Sur le terrain, l’évĂȘque de Toulon revendique : « L’école-communautĂ©, catholique, pour

retrouver son projet spécifique et son identité afin de relever le défi à la fois anthropologique

 et missionnaire. » 


La mise en Ɠuvre de cette stratĂ©gie se dĂ©veloppe, aujourd’hui, par des transgressions

 incessantes, souvent passées inaperçues, inimaginables pour une République laïque.

Cet espace ne suffirait pas pour dresser le recensement détaillé de ces entorses institutionnelles.

On le voit, de nouveaux champs de bataille, plus sournois, s’ouvrent en permanence.

Une guerre scolaire froide, sans cesse rĂ©activĂ©e par les partisans de l’enseignement

catholique, se dĂ©roule sous nos yeux. HĂ©las, l’époque est Ă  une omerta politique.

 Un silence religieux s’est en effet installĂ©, organisĂ© Ă  droite afin de mieux masquer

 le dĂ©mantĂšlement de l’Éducation nationale et aidĂ© inconsciemment par une atonie

         faisant figure de complaisance. Qu’il soit de connivence ou d’accommodement passif,

ce silence conforte une collusion d’intĂ©rĂȘts entre libĂ©raux et clĂ©ricaux pour sĂ©parer l’École de l’État.

 

L’offre d’éducation de l’enseignement catholique investit dĂ©sormais, avec les moyens de

 la puissance publique, de nouvelles cibles, des crĂšches aux facultĂ©s. Aujourd’hui, les tenants

         d’un enseignement privĂ© veulent mettre en Ɠuvre disent-ils « Un contrat global

et unique entre le ministĂšre et le SecrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral de l’enseignement catholique pour        

toutes les Ă©coles » 
 avec un objectif libĂ©ral affichĂ© : « Cela maintiendrait un fort clivage        

entre enseignement public et privé et les mettrait franchement en concurrence. ».

Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’enseignement catholique, souhaite privatiser le service public

 et lui imposer son mode de gestion et de recrutement voire ses programmes et veut

« Étendre la contractualisation avec l’État aux Ă©tablissements publics 
 ».

 Il estime ainsi que la loi Carle instituant un chĂšque Ă©ducation n’est qu’

 « un bon compromis à un instant T ».

Hier, considĂ©rĂ©e comme ringarde, la laĂŻcitĂ© fait, aujourd’hui, florĂšs et s’inscrit dans un

 unanimisme trompeur.

Pierre angulaire du modĂšle rĂ©publicain, cette laĂŻcitĂ© n’est-elle pas qualifiĂ©e de « positive »

par ceux qui, hier encore, combattaient cette "vieille lune pour esprits attardés" ?

N’est-ce pas lĂ  le triomphe de l’équivoque ?

Cette entreprise de rĂ©cupĂ©ration du mot laĂŻcitĂ© participe d’une volontĂ© de dĂ©naturation

du concept dans des traductions trĂšs diverses et parfois antinomiques. D'une part, l’extrĂȘme

droite et une partie de la droite, dans une attitude de façade, concentrent leurs feux sur l’islam,

en convoquant la laĂŻcitĂ© avec toutes les arriĂšre-pensĂ©es que l’on sait. D'autre part, dans

 le domaine institutionnel, l’offensive menĂ©e par l’Eglise catholique sur l’Ecole, avec l’appui d’élus,

de toutes tendances n'est plus Ă  souligner.

Certes, on ne saurait rĂ©duire la question de la laĂŻcitĂ© Ă  celle de l’école. Pour autant, l’en exclure,

 maintenant, est un piÚge.

Pire, un reniement au regard de nos principes républicains.

Cette loi de 1959 en conférant à des établissements privés confessionnels à « caractÚre propre »

 le statut d’établissements publics a instituĂ©, dans l’éducation exclusivement, ce double

         amalgame : public et privé ; laïque et confessionnel.

Loin de s’éteindre, la guerre scolaire s’aggrave encore. Des projets nourris par L’Eglise

annoncent mĂȘme, la gĂ©nĂ©ralisation de la politique libĂ©rale au moyen du chĂšque Ă©ducation.

En 1984, l’abandon du projet Savary a stimulĂ© d’ñpres convoitises augurant d’un conflit

perpétuellement entretenu.

Depuis, l’Eglise catholique voit là, en effet, un renforcement de la brùche ouverte par

la loi DebrĂ©. DĂšs 1987, l’épiscopat s’y engouffre pour dĂ©clarer que l’heure lui semblait

 venue « de travailler avec d’autres Ă  redĂ©finir le cadre institutionnel de la laĂŻcitĂ© », appel du

 pied Ă  un remariage entre l’Etat et l’Eglise pour conquĂ©rir de nouveaux privilĂšges.

Ces derniers jours, encore, le Cardinal français Jean Louis BruguÚs responsable de la

Congrégation pour l'éducation du Vatican, conteste le: « principe constitutif de la mission

éducative universelle » de la laïcité française. En ligne de mire, derriÚre la question scolaire,

il revendique la reconnaissance institutionnelle de l’Eglise et estime que la sĂ©paration avec

 l’Etat est « agressive ».

Consentir à des assouplissements à géométrie variable, selon les collectivités territoriales, selon

 les religions, aggrave la mise en cause non seulement de la lettre mais aussi de l’esprit de la

 loi fondatrice de sĂ©paration des Eglises et de l’Etat. D’une part, la laĂŻcitĂ© doit ĂȘtre appliquĂ©e

aujourd’hui pour ce qu’elle est, un principe global, juridique et politique, incluant la

question scolaire. Ainsi, les partis ou organisations de droite et d’extrĂȘme droite ne pourraient

 plus travestir la laĂŻcitĂ© et l’instrumentaliser pour sĂ©parer voire pour exclure. D’autre part, l’école

est, depuis trente ans, le champ de bataille sournois de cette guerre silencieuse, sans

réelle opposition politique. Guerre menée par alliance des cléricaux et des libéraux.

Ainsi, alors que l’Education nationale subissait une rigueur budgĂ©taire inĂ©galĂ©e,

les établissements privés ont concentrés de plus en plus de faveurs gouvernementales.

En restant, aujourd’hui, muette sur le dualisme scolaire, instituĂ© au nom d’intĂ©rĂȘts

particuliers par la loi DebrĂ©, en finançant la libertĂ© d’entreprise de l’enseignement

 privĂ©, la gauche accĂ©dant au pouvoir ne doit pas oublier que la RĂ©publique n’a d’obligation

 que vis-Ă -vis du service public laĂŻque qui, seul, concrĂ©tise l’égalitĂ© en Ă©ducation au nom

de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. La laĂŻcitĂ© peut, seule, rassembler pour rĂ©affirmer la RĂ©publique autour

de ses principes de libertĂ©, d’égalitĂ© et de fraternitĂ©.

 

L’instituteur et l’institutrice sont supĂ©rieurs au curĂ© et au pasteur, non pas en tant que femme

ou en tant qu’homme, mais par leur mission parce qu’ils accueillent dans la mĂȘme communion

civile tous les jeunes, quelle que soit leur origine sociale, quelle que soit la religion ou non de leurs

parents.

SupĂ©rieurs parce qu’ils assurent et garantissent la libertĂ© de conscience des futurs citoyens et

 ne se servent pas du label de « libertĂ© » pour inculquer dans l’éducation la religion ou l’idĂ©ologie

 d’un groupe particulier pour crĂ©er une fracture dans

 l’unitĂ© nationale.

SupĂ©rieurs parce qu’ils revendiquent l’égalitĂ© de toutes et de tous au nom de la laĂŻcitĂ©.

SupĂ©rieurs, car, seul, le vivre ensemble dans l’Ecole de toutes et tous incarne la fraternitĂ©.

 

 



[1] Dans ses conclusions sur l’arrĂȘt Bouteyre (Conseil d’Etat 10 mai 1912), il est reconnu au

 ministre le pouvoir de refuser aux prĂȘtres la possibilitĂ© de passer le concours d'agrĂ©gation en

 philosophie le commissaire du gouvernement Helbronner

[2] Discours de Thiers Ă  la commission Falloux le 10 janvier 1849

[3] Jules Ferry Conférence populaire du 10 avril 1870

[4]Gambetta

[5] OĂč mĂšne l’école sans Dieu : Alfred Baudrillard, Institut Catholique de Paris, 1925 (premiĂšre

Ă©dition 1909) :

Chap.1 : la marche ascendante de la criminalitĂ© juvĂ©nile ; Chap.2 : dĂ©cadence de l’enseignement

 public ; Chap.3 : les instituteurs sans foi, sans famille et sans patrie ; Chap.4 : la faillite de la morale. 

[6] KTO 14 fĂ©vrier 2008 en prĂ©sence du SGEC et 3 Ă©vĂȘques « Transmission des savoirs dans l’école

 catholique » 

[7]Luc Chùtel : Réforme du lycée 1Úre visite du nouveau ministre « trÚs intéressé » par les

« spĂ©cificitĂ©s » de l'enseignement privĂ© (DĂ©pĂȘche de presse AEF du 18 novembre 2010).

 

 

[8]Le Parisien, édition Val de Marne, 23 septembre 2011 : « Visite consensuelle de Luc Chatel au

 lycée privé »

[9] Magazine économique Challenges du 4 octobre 2007. Ancien vice-président du MEDEF.

Commenter cet article